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Forum pour la lutte contre l'impunité et l'injustice en Mauritanie.
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13 juillet 2012

Affaire ELY OULD DAH:temoignage.

Affaire ELY OULD DAH

Introduction

Affaire ELY OULD DAH - Juin 2005

 

"Le régime mauritanien, fidèle à sa méthode répressive, n'a jamais manqué d'imagination pour violer au quotidien les droits fondamentaux de son peuple : tortures, privations de toute liberté, déportations des populations noires, exécutions extrajudiciaires, pratique de l'esclavage... Pour exemple, arrêtons-nous sur les arrestations arbitraires de 1990 à 1991.

Au cours de ces années, le pouvoir dictatorial de Ould Taya s'en prend à toute la composante “Négro mauritanienne” issue des rangs de l'armée, de la gendarmerie, de la police, de la garde nationale, de la douane. Tous les hommes en uniforme de la communauté Noire ont été arretés, officiers, sous officiers et hommes de rang, - soit environ 3500 personnes. Tous ont été soumis auxtortures dans des ateliers préparés pour la circonstance où des tortionnaires zélés recueillaient des “aveux” sous la contrainte.

Il s'agissait du capitaine Ely ould Dah et de sa bande. Ils torturaient à mort, insultaient. La seule chose qui comptait pour eux, c'était plaire au commandement et gravir au plus vite les échelons.

Il n'y avait pas de possibilté d'échapper à ce passage a tabac, il fallait se soumettre à leur diktat ou y laisser sa peau. On nous écrasait les cigarettes sur les parties génitales. On nous tractait par des cordes derrière les véhicules militaires. On avait les pieds attachés à une barre et la tête vers le bas pour y subir le tabassage. Certains étaient enterrés jusqu'au cou dans le désert, et on les frappait sur la tête. D'autres méthodes étaient utilisées pour te faire avouer ce que tu n'avais jamais fait de ta vie : les câbles, les crosses d'armes, les gifles... Voilà les tortures auxquelles nous avons été soumises au quotidien par le capitaine Ely Ould Dah et l'ensemble de son groupe de tortionnaires d'octobre 1990 au 16 avril 1991. Dans les ateliers de torture, à Jreida, Inal, Mbeika, Aleg, Azlat, Néma, etc... nous avons enregistré 513 Militaires tués, et plus de 1500 personnes vivent jusqu'à nos jours les sequelles de ces tortures.

Grâce à la pression internationale et nationale, le 17 avril 1991, les rescapés ont pu sortir des mouroirs de Taya. Depuis, ils se sont lancés aux côtés des épouses et enfants de leurs collègues injustement assassinés pour obtenir justice, mais en vain. La justice Mauritanienne inféodée au régime a exclu toute procédure contre les tortionnaires. Mieux encore, l'assemblée monocolore adopte le 14 juin 1993 une loi amnistiant tous les auteurs de délits et crimes entre 89 et 92 ce qui rend impossible toute poursuite et légalise de facto l'impunité dans notre pays.

Néanmoins les militants, les veuves, les orphelins, les rescapés militaires n'ont jamais désarmé. Ils ont continué leur pression à l'échelon international pour un Etat de droit. Plusieurs tentatives de poursuites ont échoué contre des officiers supérieurs en stage en France, les intéressés arrivaient à passer à travers les mailles du filet en regagnant la Mauritanie, dés le début des procédures judiciaires.

En juin 1999, en apprenant qu'un tortionnaire zélé, le nommé Ely Ould Dah, était en stage en France à l'école du commissariat de l’armée de terre de Montpellier, nous avons immédiatement pris contact très discrètement avec la FIDH, pour dénoncer sa présence et le poursuivre, puisqu'il était notre principal bourreau.

Confrontés à ce tortionnaire dans les locaux de la gendarmerie à Montpellier, l'intéressé n'a exprimé aucun regret et se disait être à l'époque des faits sous les ordres de ses supérieurs. Nous comprenons alors qu'il y avait un donneur d'ordre, un ordre de tuer, de torturer, d'être traité comme un chien sans jamais savoir de quoi on vous accuse.

Grâce à la pugnacité du juge d'instruction de Montpellier, Ely Ould Dah a été écroué puis mis en liberté sous contrôle judiciaire le 28 septembre 99. Profitant de cette liberté que nous avons dénoncé, il finit par rejoindre la Mauritanie où il a été présenté en héros à la Télévision en compagnie du chef d'état-major de l’armée.

Malgré la faille qui a permis à ce tortionnaire de fuir la France, les victimes remarquent aujourd'hui des avancées notoires grâce à la compétence universelle. La peur a véritablement changé de camp.

Depuis cette arrestation les officiers supérieurs -présumés auteurs de graves crimes- qui avaient l'habitude de venir passer un week-end à Paris ou Bruxelles n'osent plus, craignant désormais ce gendarme du monde qu'est la compétence universelle. Ils ne peuvent ni passerleur stage dans les démocraties occidentales ni venir dépenser abusivement les richesses qu'ils ont volés à leur peuple. Ce qui est déjàune victoire psychologique pour les victimes."

Monsieur X, victime ayant souhaité garder l’anonymat

 

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